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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 00:10

 

Par définition, jeûner c'est s'abstenir de manger.

Jeûner pour assurer son salut

« Le jeûne est fort ancien dans le christianisme : Jésus lui-même, selon les Évangiles, ne l'a-t-Il pas pratiqué pendant 40 jours et 40 nuits au désert ? Il s'agit d'un acte de pénitence, que l'Église peut d'ailleurs imposer aux fidèles. Il est obligatoire lors des périodes de préparation aux grandes solennités religieuses, où l'on doit vivre à la fois sobrement et chastement, ces deux formes d'abstinence étant étroitement associées dans l'esprit des théologiens.

Mais jeûner totalement pendant plusieurs semaines n'est pas possible. C'est pourquoi l'on autorise un repas qui doit être unique et se prendre au coucher du soleil. Durant le Moyen Âge, l'heure de ce repas théoriquement unique se déplace progressivement vers le milieu de la journée. Dans les monastères, on prend l'habitude d'interrompre des après-midi restés bien longs par une légère collation, appelée ainsi d'après le texte pieux qu'on y lit à cette occasion » (les Collationes de Jean Cassien).

Le poisson, nourriture d'abstinence

« Le jeûne consiste surtout à se priver de certains aliments, essentiellement la viande et les graisses animales, ainsi que, selon les époques ou les lieux, les laitages ou les œufs : les jours où ces restrictions s'appliquent peuvent être donc qualifiés de "maigres".

Le poisson, dont la nature froide interdit de déclencher l'"incendie de la luxure", paraît tout indiqué comme nourriture d'abstinence. Il est possible qu'ait joué aussi sa fonction symbolique dans le christianisme primitif : en ces temps de persécution, le motif du poisson était le moyen caché de montrer le Christ, parce que le mot Ichthus ("poisson") rassemble l'initiale des termes grecs composant la formule : "Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur" (Iesous Christos Théou Uios Sôter).

Les articles du Code du Droit Canonique :

Can. 1251 - « L'abstinence  de  viande ou d'une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques, sera observée chaque vendredi de l'année, à moins qu'il ne tombe l'un des jours marqués comme solennité ; mais l'abstinence et le jeûne seront observés le Mercredi des Cendres et le Vendredi de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus Christ. »

Can. 1252 - « Sont tenus par la loi de l'abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus ; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs jusqu'à la soixantième année commencée.  Les pasteurs d'âmes et les parents veilleront cependant à ce que les jeunes dispensés de la loi du jeûne et de l'abstinence en raison de leur âge soient formés au vrai sens de la pénitence. »

Can. 1253 - « La conférence des Évêques peut préciser davantage les modalités d'observance du jeûne et de l'abstinence, ainsi que les autres formes de pénitence, surtout les oeuvres de charité et les exercices de piété qui peuvent tenir lieu en tout ou en partie de l'abstinence et du jeûne. »



La discipline du jeûne : un « supplice » ?
« La discipline actuelle de l’Eglise Catholique en termes de jeûne n’est vraiment pas très exigeante. Les fidèles, de 18 à 60 ans, ne sont tenus de jeûner que deux fois par an : le Mercredi des Cendres et le Vendredi-Saint (2). Par « jeûne »(3), l’Eglise entend : faire un seul repas normal par jour (et éventuellement prendre une petite « collation » ou « repas allégé », par exemple le matin et le soir si l’on a déjeuné à midi).

Cependant, l’Eglise entend aussi par « jeûne » toute sorte de mortifications : privations volontaires, petits sacrifices, et surtout l'acceptation patiente de la croix que nous devons porter chaque jour (maladies, contrariétés, difficultés, devoir d’état, etc…). »

Satisfaction
« Si l’on prend conscience de ce qu’est le péché, c’est-à-dire essentiellement une offense à Dieu, alors par amour et par souci de justice, nous allons chercher à réparer notre péché. D’abord et surtout en l’avouant humblement avec un cœur contrit au sein du « sacrement de pénitence et de réconciliation » afin d’en recevoir le pardon. Ensuite par une juste « satisfaction » ou compensation pour réparer les conséquences de nos péchés. »

Par le Christ, avec Lui, en Lui.
« Cependant cette satisfaction du pécheur ne peut avoir de valeur réelle qu’unie à celle de Jésus. C’est que le Concile de Trente a souligné avec force : «
 Le Fils Unique bien-aimé de Dieu, Notre Seigneur Jésus Christ, qui, alors que nous étions ennemis, à cause de l'extrême amour dont Il nous a aimés, a mérité notre justification par sa très Sainte Passion sur le bois de la Croix et a satisfait pour nous à Dieu son Père ». Jésus a offert à son Père au nom de l’Humanité un amour plus grand que la malice de tous nos péchés.

La satisfaction que Jésus a offerte a été non seulement suffisante mais même surabondante (4). Si le salut nous est bel et bien offert par le Seigneur, il nous faut l’accueillir en étant configurés au Christ. Le Seigneur nous accorde son pardon et Il répare Lui-même l’essentiel des conséquences de nos péchés mais Il nous fait, mystérieusement et par amour, l’honneur de coopérer à notre propre rédemption en « rajoutant notre petite goûte d’eau à son offrande ».

Notre satisfaction n’est que par Jésus-Christ. C’est avec Lui et en Lui que nous « faisons de dignes fruits de pénitence » (Lc 3,8). « Ainsi donc, mes frères, nous sommes débiteurs, mais non point envers la chair pour devoir vivre selon la chair. Car si vous vivez selon la chair, vous mourrez. Mais si par l'Esprit vous faites mourir les œuvres du corps, vous vivrez. (…) Nous sommes enfants, et donc héritiers; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec Lui pour être aussi glorifiés avec Lui » (Rm 8). »

Un purgatoire sur la terre
« Si nous avons quelque chose à ajouter ce n’est pas parce qu’il manque quelque chose du côté de Jésus mais parce que, bien souvent, nous n’avons pas le cœur assez ouvert aux fruits de la Rédemption acquise par le Christ.

Comme nous le dit le prêtre après l’absolution sacramentelle : « que tout ce que vous ferez de bien et supporterez de pénible contribue en vous à la rémission de vos péchés ». La « pénitence sacramentelle» ou « satisfaction » que le confesseur nous donne après l’absolution a pour but de réparer les conséquences de nos péchés. Mais, bien souvent, elle ne les compense pas toutes et c’est la raison pour laquelle le Carême nous invite à nous purifier plus parfaitement, par le jeûne notamment, mais aussi par l’aumône et une prière plus assidue. Ce que nous aurons fait sur la terre ne sera plus à faire éventuellement après notre mort.

En un sens, le Carême c’est un peu le temps privilégié du purgatoire sur la terre. Si le baptême nous a donné de renaître à la vie divine ; il ne nous a pas totalement guéris du péché originel. Le jeûne a pour but de rétablir l’équilibre intérieur de l’homme blessé par le péché.

Nos passions ont tendance à obscurcir notre raison et à soumettre notre volonté. Le jeûne vient aider notre âme à redevenir pleinement libre. Il apparaît alors comme un remède très utile et efficace qui cicatrise les plaies laissées par nos péchés et permet à notre âme de reprendre le contrôle sur nos appétits désordonnés. Comme le disent très bien les préfaces du Carême : « Seigneur, vous accueillez nos pénitences comme une offrande à votre gloire, car nos privations, tout en abaissant notre orgueil, nous invitent à imiter votre miséricorde et à partager avec ceux qui ont faim » (5). Ou encore « Vous voulez, par notre jeûne et nos privations, réprimer nos penchants mauvais, élever nos esprits, nous donner la force et enfin la récompense, par le Christ, notre Seigneur ».

Jeûner dans la joie
« En matière de satisfaction, ce n'est pas tant la valeur de ce que l'on offre que la dévotion avec laquelle on l'offre, qui compte (6). Aussi convient-il surtout d’offrir nos petites privations avec un cœur rempli de charité.

Notre Seigneur nous invite aussi à faire pénitence en secret et dans la joie : « Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (7). Laissons enfin la parole à celui dont notre Saint-Père a voulu porter le nom glorieux : « chacun offrira spontanément à Dieu, dans la joie de l’Esprit saint, quelque pratique surérogatoire ; et il attendra la sainte Pâque avec l’allégresse du désir spirituel » (règle de St Benoit, chapitre 49). Saint et joyeux jeûne ! »


Notes
(2) CIC canons 1250-1252. La loi de l’abstinence concerne, en outre, tous les fidèles de plus de 14 ans.

(3) Catéchisme de St Pie X.

(4) St Thomas d’Aquin, Somme de théologie, IIIa q 48 a 2.

(5) Préface 3 et 4 du Carême.

(6) St Thomas d’Aquin, Somme de théologie, IIIa q 79 a 5.

(7) Mt 6, 16-18 .



JEÛNER : AVOIR FAIM DE DIEU  

LE JEÛNE COMME COMBAT SPIRITUEL
QUATRE PAROLES DE JÉSUS SUR LE JEÛNE
ENSEIGNEMENTS DE JÉSUS SUR LE JEÛNE
DEUX FAÇONS DE JEÛNER
LA JOIE DE L'ÂME
COMMENT JEÛNE-T-ON ?
LES CONSÉQUENCES DU JEÛNE


LE JEÛNE COMME COMBAT SPIRITUEL

« Qu'est-ce que le jeûne pour nous, chrétiens ? C'est notre incorporation à cette expérience du Christ lui-même, par laquelle Il nous libère de notre entière dépendance envers la nourriture, la matière et le monde.
Jeûner ne signifie qu’une chose : avoir faim, jusqu’à la limite de la condition humaine qui dépend entièrement de la nourriture, et là, ayant faim, découvrir que cette dépendance n’est pas toute la vérité au sujet de l’homme, que la faim elle-même est avant tout un état spirituel et que, finalement, elle est en réalité la FAIM DE DIEU....
Nous avons besoin avant tout d'une préparation spirituelle à cet effort du jeûne. Elle consiste à demander aide à Dieu et à centrer notre jeûne sur Dieu. C'est par amour de Dieu que nous devrons jeûner. I1 nous faut redécouvrir notre corps comme temple de la divine présence, retrouver un respect religieux du corps, de la nourriture, du rythme même de la vie. »
Père Alexandre Schmemann

QUATRE PAROLES DE JÉSUS SUR LE JEÛNE
« Alors Jésus fut emmené au désert par l'Esprit, pour être tenté par le diable. Il jeûna durant quarante jours et quarante nuits, après quoi il eut faim. Et, s'approchant, le tentateur lui dit : "Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains." Mais il répondit : "Il est écrit : Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." (Matthieu 4, 1-4)
« Jésus, voyant qu'une foule affluait, menaça l'esprit impur en lui disant : "Esprit muet et sourd, je te l'ordonne, sors de lui et n'y rentre plus." Après avoir crié et l'avoir violemment secoué, il sortit et l'enfant devint comme mort, si bien que la plupart disaient : "Il a trépassé !" Mais Jésus, le prenant par la main, le releva et il se tint debout. Quand il fut rentré à la maison, ses disciples lui demandaient dans le privé : "Pourquoi nous autres, n'avons-nous pu l'expulser ?" Il leur dit : "Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et le jeûne." (Marc 9, 25-29)
"Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre, comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour que les hommes voient bien qu'ils jeûnent. En vérité, je vous le dit : ils tiennent déjà leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra."(Matthieu 6, 16-18)
« Les Pharisiens et leurs scribes dirent à Jésus : "Les disciples de Jean jeûnent fréquemment et font des prières, ceux des Pharisiens pareillement, et les tiens mangent et boivent !" Jésus leur dit : "Pouvez-vous faire jeûner les compagnons de l'époux pendant que l'époux est avec eux ? Mais viendront des jours... et quand l'époux leur aura été enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là." (Luc 5, 33-35)

LES ENSEIGNEMENTS DE JÉSUS SUR LE JEÛNE
« L’enseignement de Jésus concernant le jeûne est très important pour nous assurer que nos efforts de jeûne porteront fruit. Car le jeûne n’est pas sans danger ; il peut devenir lui-même occasion de chute et, plutôt que d’être un moyen de s’approcher de Dieu, le jeûne peut même nous en éloigner.
Les juifs pratiquaient le jeûne comme ascèse personnelle et collective, comme nous l’apprennent l’Ancien et le Nouveau Testament. Dans le Nouveau Testament, nous voyons que les disciples de Jean le Baptiste, ainsi que ceux des Pharisiens, jeûnaient et que Jésus lui-même, avant d’entreprendre sa vie publique a jeûné pendant quarante jours. À la suite de ce jeûne il a été tenté par Satan (Mt 4, 1-11; Lc 4, 1-13).
Voilà donc la première leçon à retenir des récits évangéliques concernant le jeûne : Jésus nous enseigne l’importance du jeûne par l’exemple de son propre jeûne avant de commencer sa vie publique. Ce n’est pas par hasard que la première tentation de Jésus concerne justement la nourriture, car le Malin cherche à éprouver Jésus là où il perçoit un point faible, là où Jésus a volontairement affaibli son corps humain ; l'Évangile nous dit qu'après avoir jeûné pendant quarante jours, Jésus « eut faim ». Et le Tentateur suggère à Jésus de combler sa faim en exerçant son pouvoir divin de changer des pierres en pain. La réplique de Jésus pour écarter la tentation est tirée du Deutéronome : Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Dt 8, 3).
Ici, le « pain » ne signifie pas seulement la nourriture dont l'homme a besoin pour la vie de son corps, mais plutôt tout ce qui « nourrit » les sens, tout ce qui convient au corps. Dans son sens plus large le « pain » est également tout ce qui est créé, toute créature, tout ce qui nourrit l'affectivité et l'intellect de l'homme. Bref, tout ce qui n’est pas Dieu lui-même. Ainsi que le corps de l’homme se nourrit d’aliments physiques pour survivre, l’esprit de l’homme, créé à l'image de Dieu, se nourrit de la parole de Dieu, donc de Dieu lui-même. Pour accéder à toute la noblesse de sa nature humaine créée à l'image et faite à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26), l'homme a besoin de la nourriture spirituelle que constitue la parole de Dieu.
La réponse de Jésus à Satan dénonce le mensonge du Malin, « que l’homme peut se nourrir des créatures, qu’il peut trouver la vie éternelle pour laquelle il a été créé ailleurs qu’en Dieu lui-même »... C’est le même mensonge que le Tentateur proféra à Adam : « Vous ne mourrez pas ! Dieu le sait : le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux qui connaissent ce qui est bon ou mauvais » (Gn 3, 5). Alors qu’Adam, le premier homme, a mangé du fruit interdit à l’invitation du Malin, espérant ainsi trouver la vie éternelle sans Dieu, et qu’il a entraîné la chute de l’humanité, le Christ, le nouvel Adam, refoule le mensonge du Malin et expie la faute d’Adam, rétablissant l’humanité sur la bonne voie, celle voulue par Dieu depuis toute éternité : que l’homme trouve sa nourriture en Dieu lui-même, devenant véritablement « enfant de Dieu », partageant la vie divine.
Les circonstances du jeûne de Jésus nous aident également à comprendre le sens spirituel du jeûne. Le jeûne de Jésus eut lieu « au désert », c’est-à-dire dans un lieu aride, solitaire, éloigné des villes et des hommes, là où il n’y a que peu de végétation et d’eau. Aujourd’hui, on dirait qu’il y a peu de « distractions » - ce qui nous « distrait » de Dieu. C’est ainsi que doit être le « lieu » de notre jeûne, loin des « distractions », nous permettant d’entrer dans le « désert », à la fois le désert physique, ne serait-ce que notre chambre, et le désert spirituel, celui de notre cœur, afin de nous préparer à la rencontre avec Dieu : le désert est le lieu où je suis seul avec Dieu.
Le désert est aussi le lieu de la tentation : le moment le plus propice à la rencontre avec Dieu est aussi le moment où le Malin cherche à nous faire chuter, car il sait que c’est au désert que nous avons la possibilité de rejoindre la grâce divine. Si Jésus a été tenté suite à son jeûne, comment pensons-nous nous échapper de la tentation ? Le jeûne, la privation des plaisirs des sens, est accompagné de tentations, non seulement celle d’abandonner le jeûne, mais d’autres encore - il ne faut pas oublier que Jésus subit deux autres tentations après celle du pain.
Si donc le jeûne entraîne de tels risques, comment pouvons-nous nous préparer pour la lutte inévitable ? Jésus nous donne une réponse dans le texte de l’Évangile de Marc : « Cette espèce-là ne peut sortir que par la prière et le jeûne » (Mc 9, 25-29). Jésus nous enseigne ici à associer la prière au jeûne, si nous voulons expulser les « esprits impurs » qui cherchent à s’installer en nous.
Nous acquérons les bénéfices du jeûne seulement si le jeûne est complété par la prière, un effort de prière supplémentaire pendant la période du jeûne - se nourrir en Dieu, s’unir à lui par la prière. L’effort ascétique, la maîtrise de soi, de ses « passions » comme diraient les Pères du désert, doit être associé à la prière ; les deux sont essentiels pour le progrès spirituel.
Le deuxième texte de l’Évangile de Matthieu (Mt 6, 16-18), qui fait partie du Sermon sur la Montagne, est une mise en garde concernant une des tentations accompagnant le jeûne. Le jeûne n’est pas un but en soi, et de nos jours on pratique le jeûne pour toute sorte de raisons qui ne relèvent pas du domaine spirituel. Le jeûne peut devenir lui-même une occasion de chute. Jésus souligne en particulier le risque de vaine gloire en faisant allusion à ceux qui s'assurent que leur jeûne soit remarqué par les hommes. Notre jeûne doit être un acte devant Dieu et non devant les hommes, pas même nos confrères dans la foi. Celui qui jeûne se place devant Dieu, son jeûne est une offrande à Dieu, et non aux hommes.
Dans le texte de l’Évangile de Luc (Lc 5, 33-35), les Pharisiens essaient d’embarrasser Jésus en lui reprochant que ses disciples ne jeûnent pas, alors que ceux de Jean le Baptiste et des Pharisiens jeûnent souvent. Sans répondre directement, Jésus demande s’il est approprié que les compagnons de l’époux jeûnent pendant que l’époux est avec eux - c’est-à-dire à l’occasion du mariage proche. La réponse qui s’impose est « non », le jeûne n’est pas approprié à ce moment-là, mais, comme l’indique Jésus en disant qu’ils jeûneront lorsque l’époux ne sera plus avec eux. L’époux c’est Jésus lui-même, et pendant qu’il est avec ses disciples, ils sont nourris et rassasiés par sa présence ; ils les comble du pain de vie de sa parole. Quand l'époux leur aura été enlevé, alors ils jeûneront en ces jours-là. Le jeûne n'a de sens que pour celui qui sait ce qui est la nourriture ou y aspire de tout son être, et qui, dans la privation, souffre de l'absence de ce qui le rassasie.
L’enseignement le plus important à retenir est peut-être la nécessité d’associer la prière au jeûne, la prière afin de pouvoir accomplir l’effort nécessaire, mais encore plus important, la prière en tant que rapprochement de Dieu - le jeûne nous présente la possibilité de nous unir d’avantage à Dieu par la prière : « La prière est une conversation de l’intelligence avec Dieu » (Évagre le Pontique, Chapitres sur la prière, 3). »

DEUX FAÇONS DE JEÛNER
« Il y a deux façons de jeûner, enracinées toutes deux dans l'Écriture et la Tradition, et qui correspondent à deux besoins distincts, à deux états de l'homme. Le premier peut être appelé jeûne total, car il consiste en une totale abstinence de nourriture et de boisson.
On peut définir le second comme un jeûne ascétique, car il consiste surtout en l'abstinence de certaines nourritures et en une réduction substantielle du régime alimentaire.

Le jeûne total, de par sa nature même, est de courte durée et généralement limité à un jour ou même à une partie de la journée. Dès le début du Christianisme, il fut compris comme un état de préparation et d'attente, de concentration spirituelle sur ce qui va arriver.

La faim physique correspond ici à l'attente spirituelle de l'accomplissement, à l'ouverture de tout l'être à la joie qui approche. C'est pourquoi, dans la tradition liturgique de l'Église, nous trouvons ce jeûne total comme dernière et ultime préparation a une grande fête, à un événement spirituel décisif, par exemple aux veilles de Noël et de l'Épiphanie ; et surtout, c'est ce jeûne qui constitue le jeûne eucharistique, mode essentiel de notre préparation au banquet messianique, à la table du Christ dans son Royaume. L'Eucharistie est toujours précédée de ce jeûne total, qui peut varier dans sa durée, mais qui, pour l'Église, constitue une condition nécessaire à la sainte Communion.

Le jeûne total n'est pas seulement un jeûne des membres de l'Église, c'est l'Église elle-même qui jeûne, en attente du Christ qui vient à elle dans l'Eucharistie, dans les grandes fêtes célébrant l'oeuvre du salut, et qui viendra en gloire à la consommation des siècles.
Tout a fait différent est le sens spirituel du second type de jeûne que nous avons défini comme « ascétique ». Ici, le but du jeûne est de libérer l’homme de la tyrannie déréglée de la chair, qui s'établit lorsque l'esprit cède devant le corps et ses appétits, résultat tragique du péché et de la chute originelle de l'homme.
C'est seulement par un lent et patient effort que l'homme découvre qu'il ne vit pas seulement de pain, et restaure en lui-même la primauté de l'esprit. C'est nécessairement et par sa nature même un long effort soutenu. Le facteur « temps » est essentiel, car il faut du temps pour déraciner et guérir la maladie commune et universelle que les hommes ont fini par considérer comme leur état normal. Le succès de ce jeûne ascétique dépend précisément de l'application de certaines règles fondamentales dont la principale se trouve être l'ininterruption du jeûne, sa continuité dans le temps. »
Père Alexandre Schmemann

LA JOIE DE L'ÂME : PAROLES DES PÈRES DU DÉSERT

 

SUR LE JEÛNE

« … Les Pères l’éprouvèrent comme ils en étaient capables ; et ils trouvèrent préférable de manger chaque jour, mais en petite quantité ; et ils nous livrèrent la voie royale, qui est légère. " (Paroles 127, 27) Un samedi de fête, il arriva que les frères mangent à l’église des Kellia. Et comme on présentait le plat de bouillie, abba Helladios l’Alexandrin se mit à pleurer. Abba Jacques lui dit : " Pourquoi pleures-tu, abba ? " Il répondit : " Parce que c’en est fini de la joie de l’âme, c'est-à-dire le jeûne, et que voilà maintenant le contentement du corps. " (Abba 81)
Un jour à Scété fut donné ce commandement : Jeûnez cette semaine. Or il se trouva que des frères vinrent d’Égypte chez abba Moïse et il fit pour eux un peu de cuisine. Voyant la fumée, les voisins dirent aux clerc : " Voici que Moïse a violé le commandement en faisant cuire quelque chose chez lui. " Ceux-ci dirent : " Quand il viendra, nous-mêmes lui parlerons. " Le samedi venu, les clercs, sachant la pratique excellente de Moïse, lui dirent devant tout le monde : " Ô abba Moïse, tu as laissé tomber le commandement des hommes et gardé celui de Dieu ! " (Abba 109)
Abba Euloge disait à son disciple : Enfant, exerce-toi à rétrécir peu à peu ton ventre par le jeûne. Car de même qu’une outre étirée devient plus mince, ainsi également le ventre quand il reçoit beaucoup d’aliments. Mais s’il en reçoit peu, il se rétrécit et exige toujours peu. (Abba 74). Abba Isidore le prêtre dit : Si vous pratiquer régulièrement le jeûne, ne vous gonflez pas d’orgueil, mais si vous vous glorifiez de cela, mangez plutôt de la viande. Il vaut mieux pour l’homme de manger de la viande que se gonfler d’orgueil et se glorifier. (Paroles 81, 4) »

LES CONSÉQUENCES DU JEÛNE
Notre jeûne, si limité soit-il, s'il est un vrai jeûne, conduira à la tentation, à la faiblesse, au doute et à l'irritation. En d'autres termes, il sera un réel combat et probablement nous succomberons bien des fois.
Mais l'aspect essentiel du jeûne est justement la découverte de la vie chrétienne en tant que lutte et effort. Une foi qui n'a pas surmonté les doutes et la tentation est rarement réelle. Aucun progrès n'est, hélas, possible dans la vie chrétienne sans l'amère expérience de l'échec. C’est précisément lors de cette première chute que se situe le véritable test : si, après avoir faibli et donné libre cours a nos appétits et a nos passions, nous nous remettons courageusement à la tâche, sans abandonner, quel que soit le nombre de fois où nous faiblissons, tôt ou tard, notre jeûne produira ses fruits spirituels. Il n'y a pas de raccourci pour aller à la sainteté ; on doit payer le prix de chaque pas en avant.
Père Alexandre Schmemann

 

 

Pour sa santé : pourquoi jeûner ? PasseportSanté.net

 

Certaines affections réagissent particulièrement bien au jeûne. Les maladies du cœur, l'hypertension, les allergies, les maladies inflammatoires et l'arthrite rhumatoïde font partie du lot. Mais attention, le jeûne ne convient pas à toutes les maladies surtout lorsqu'il s'agit de maladies en phase aiguë qui provoquent une dénutrition et un affaiblissement de l'organisme, comme le sida et diverses formes de cancer.

Selon le Dr Evarts G. Loomis, un des co-fondateurs de l'Association américaine de médecine holistique (AHMA), en règle générale, les patients souffrant d'arthrite peuvent se passer de leurs médicaments après trois ou quatre jours de jeûne, sans inconfort additionnel. Après 10 jours, leurs douleurs ont généralement diminué de 80 à 90%, sauf pour les gens qui ont consommé depuis longtemps des dérivés de la cortisone. Quant aux personnes souffrant d'hypertension, elles sont capables de diminuer puis d'éliminer leurs médicaments dans la plupart des cas, leur pression revenant à la normale en deux ou trois semaines.

 

Plusieurs études disponibles sur Medline concluent que le jeûne et des changements au régime alimentaire améliorent l'état des personnes atteintes d'arthrite rhumatoïde.

Dans une étude clinique contrôlée (Br J Nutr 1994 Oct; 72(4):555-566), effectuée à l'Oslo Sanitetsforening Rheumatism Hospital, en Norvège, les chercheurs ont observé une amélioration des cas d'arthrite rhumatoïde après un jeûne de 7 à 10 jours. Cette amélioration se maintenait durant 3 mois et demi avec un régime végétalien et durant 9 mois avec un régime lactovégétarien. Selon les chercheurs, l'amélioration ne pouvait être expliquée par la diminution d'acides gras dans le sang comme l'ont laissé entendre d'autres études. En effet, il n'y avait pas de différences notables à ce niveau entre les gens qui voyaient leur condition s'améliorer et ceux qui ne voyaient aucune amélioration, quel que soit le régime suivi (végétalien ou lactovégétarien).

 

Dans une autre étude randomisée (Scand J Rheumatol 1995; 24(2):85-93) effectuée à l'Institut d'immunologie et de rhumatologie de l'Hôpital National d'Oslo, les chercheurs ont encore une fois démontré qu'un jeûne suivi d'un régime végétarien améliorait de manière significative l'état des patients atteints d'arthrite rhumatoïde. Diverses mesures de laboratoire ont démontré une diminution significative de l'activité inflammatoire. Cependant les chercheurs ont découvert que la diminution des leucocytes entraînée par le régime végétarien ne pouvait expliquer la diminution de l'activité inflammatoire puisque les leucocytes diminuaient peu importe si l'état des patients s'améliorait ou non.

 

Une troisième étude (Clin Rheumatol 1994 Sep;(13)3:475-482) démontre qu'un régime végétarien a influencé positivement pendant deux ans la douleur, la raideur, le nombre des articulations sensibles et enflées, et plusieurs autres mesures spécifiques à l'arthrite rhumatoïde.

En conclusion, on peut considérer que le jeûne et un régime végétarien permettent de diminuer les symptômes de l'arthrite rhumatoïde, sans que l'on puisse encore expliquer complètement les processus en cause. Cependant, une étude de 1989 (Nord Med 1989; 104(4):112-114) affirme que sauf quelques cas exceptionnels, il ne semble pas que le jeûne et les régimes fassent disparaître la maladie ou empêchent la dégradation subséquente des articulations.

Jeûne et obésité

En règle générale, le jeûne ne constitue pas une manière efficace de perdre du poids à long terme. Selon le magazine français L'Impatient, une personne obèse peut bénéficier du jeûne mais cette condition nécessite un suivi médical. On sait, en effet, qu'il y a déjà eu des décès (3 cas) lors de jeûnes de 3 à 8 semaines. La principale cause évoquée pour ces décès fut la dénutrition protéique entraînée par la privation de nourriture. C'est pourquoi, certains médecins préconisent une diète protéique sous surveillance médicale comme traitement de l'obésité. Par contre, certains obèses peuvent perdre plusieurs kilos en quelques semaines. L'étape cruciale est celle de la réalimentation.

Chez les obèses, écrit L'Impatient, "la réalimentation après un jeûne apparaît comme une étape délicate sur le plan cardiaque: un afflux sanguin trop brutal pourrait être fatal au cœur après une période d'abstinence. L'obésité ne constitue pas une contre-indication formelle au jeûne mais elle exige un rigoureux bilan de santé avant la cure, ainsi qu'une surveillance médicale pendant le jeûne et pendant toute la durée de la reprise alimentaire."

En tout état de cause, jeûner pour maigrir n'apparaît pas comme une pratique intéressante car l'abaissement du métabolisme pendant la période de jeûne entraîne par la suite une reprise plus rapide des kilos.

Contre-indications

  • Fatigue, anorexie et boulimie, immunité affaiblie, faiblesse et arythmie cardiaques, cancer, ulcères peptiques, maladies rénales, tuberculose, états pré et post-chirurgicaux, carences nutritionnelles, allaiter et être enceinte sont tous des états et des affections qui sont contre-indiqués pour entreprendre un jeûne, particulièrement s'il s'agit d'une jeûne radical à l'eau. Plus le jeûne est long, plus ses effets seront marqués.

  • Règle générale : les maladies laissant l'individu très affaibli ou affectant les organes très sollicités par le jeûne, comme le foie et les reins, sont des contre-indications au jeûne.

  • Il va de soi que les jeûnes prolongés (plus d'une semaine), étant donnés l'importance des changements qu'ils entraînent dans le métabolisme, devraient toujours être faits sous supervision médicale.

 

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  • Dieu aura éprouvé bien des fois l'âme qui veut L'imiter en tout, notamment dans la patience, par des humiliations de plus en plus fortes. 
Au début l'âme ne comprendra pas que Dieu l'appelle à la patience. Mais si l'âme s'applique à de
  • Dieu aura éprouvé bien des fois l'âme qui veut L'imiter en tout, notamment dans la patience, par des humiliations de plus en plus fortes. Au début l'âme ne comprendra pas que Dieu l'appelle à la patience. Mais si l'âme s'applique à de

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